Un jour j’ai arrêté de faire croire que rien ne m’enthousiasmait. Et j’ai découvert que j’étais une personne positive.
On a l’air un peu neuneu quand on est trop positif.
Mais en fait je suis comme ça, comme maman.
Je crois profondément que la plupart des gens sont bons. Je vois le bien et le bon. Je fais des compliments et je dis aux gens tout le bien que je pense d’eux.
Et je reste incrédule devant des informations atroces, sombres, tristes et injustes. Je ne me fâche pas, je ne milite pas, je ne manifeste pas. Je reste stoïque. Et je fuis le négatif.
Optimiste et joyeuse. Voilà 15 ans que j’ai choisi d’être cette Emilie-là. Et pourtant, Dieu sait que je ne vis pas dans les collines au fin fond de l’Irlande.
Je suis née, je vis et je travaille dans le 93. Avec tout ce que cela comporte. Mais je ne suis pas de ceux qui se méfient, qui baissent les yeux et qui ont peur.
Je mets tout le monde à la même hauteur, mon degré de politesse et de gentillesse ne change pas d’un passant à un autre. Parce que je vois le bon. Et ça me rend heureuse d’être comme ça.
Mais ce soir, en rentrant du travail, sur mon chemin habituel, 4 jeunes (très jeunes) m’ont agressée. Téléphone arraché et coup de poing au visage en guise de salutation. Je suis restée bouche bée devant cette violence gratuite. Et puis j’ai vu les gens autour s’inquiéter pour moi et m’aider.
Pour 4 mauvaises personnes croisées ce soir, j’ai croisé 20 personnes inquiètes et aussi incrédules que moi.
Un adorable monsieur qui avait tout vu depuis sa fenêtre est descendu pour m’accompagner au commissariat. Il est venu avec moi et m’a ensuite raccompagnée à la gare. Je retiens cette bonté, je retiens ses mots gentils et la gentille dame qui m’a prêté son téléphone pour appeler mon mari. Je retiens ce monsieur à qui j’ai demandé ‘monsieur je n’ai pas de ticket je peux passer avec vous’ et qui m’a répondu ‘d’accord si vous me prenez dans vos bras’. J’ai souri sous mes larmes et là il m’a demandé ce qui m’arrivait. Lui aussi a été choqué.
Ce sont eux que je retiens, parce qu’on ne peut pas entamer ma foi en l’être humain. Non, on ne peut pas.
Je n’ai pas de haine, pas de colère. J’ai la lèvre fendue et mal au crâne. Mais je n’ai pas de haine.
Ma vie est toujours belle, j’ai toujours ces gens autour de moi, d’un soutien sans faille, de l’amour en barre, ça il ne me l’a pas pris. Même si il a emporté toutes les photos de ma Ninette. Et les messages de mes amies chéries.
Je suis pas jolie ce soir, de l’extérieur.
Mais dedans, ça n’a pas bougé.
Je ne changerai pas de chemin, je ne changerai pas de vêtements, je ne baisserai pas les yeux, et j’irai travailler lundi.
Et je continuerai à chérir mon département, même si il a beaucoup de gris.
Quoi ma gueule ?

